Mais en attendant ce jour qui n'arrivera peut-être jamais, il doit passer sa vie ici, loin d'elle.
Complètement perdu et sans personne à qui se raccrocher.
Il dort. Il cauchemarde. Encore et toujours ces images qui ne veulent pas disparaîtrent et qui le hanteront jusqu'à la fin de sa vie...
Ce rêve qui le tourmente toutes ces nuits. Il n'arrive pas à s'en détacher. Il murmure son nom chaque nuit : Marina...
Un simple chuchotement, puis un cri, et un hurlement. Il se réveille en sursaut, essoufflé. Voilà un an qu'il n'a pas passé une nuit complète, sans revenir à lui en sueur et en larmes.
Et celle-là n'aura pas échapper à la tradition. Il se rassoit sur son banc, sèche ses larmes, inspire profondément et se rallonge doucement.
Tout est calme aux alentours, seuls les bruits de la circulation nocturne parisienne viennent troubler le silence. Il doit réagir, arrêter de se laisser abattre tout le temps et prendre sa situation en main.
Il réfléchit vite : il est dans Paris, seul, perdu, sans argent ni aucun endroit où aller...
Super point de départ.
Mais au moins il est en vie. Lui. Et à quoi ça lui sert ? A faire la pire connerie de sa vie ? Si sa vie lui sert à ça, alors il n'en veut pas. Et pourtant...
Il y est rattaché. Rattaché par une promesse qu'il n'a pas le courage de briser.
Il se redresse rapidement. Trop rapidement. Sa tête commence à lui tourner, conséquence du trop peu de nourriture. Il se secoue pour faire passer le vertige et se lève. Le jour n'est toujours pas levé, il sera seul pour un moment encore.
Mais où aller ? Il vit peut-être à Paris, cela ne veut absolument pas dire qu'il connaisse la ville comme sa poche. Encore un obstacle... Il va continuer de marcher, il atterrira bien quelque part.
Ou sinon il retournera chez lui, tête baissée, yeux larmoyants. Avec cette excuse clouée aux lèvres : désolé, je voulais oublier... ça marche à chaque coup, celui-là aussi. Mais il a assez fait ça, il s'est assez défilé comme ça. Il les a assez longtemps laissé décider pour lui. Maintenant il veut faire ce qui lui plaît. Plus rien ne le rattache à son ancienne vie. Plus rien depuis qu'elle est partie...
Alors il n'y retournera pas, il ne craquera plus jamais. Il en a marre de cette vie où tout le monde a pitié de lui, le plaint, est aux petits soins pour qu'il soit heureux.
Mais bordel y a-t-il quelqu'un qui a compris qu'il n'est pas heureux ? Qu'il ne le sera jamais plus ?
Non, chacun est aveugle. Chacun préfère penser que ce qu'on lui donne lui suffit. Personne ne voit qu'il a juste besoin de tendresse, d'amour... Personne ne voit qu'il a besoin d'être rassurer, qu'on lui murmure des histoires dans l'oreille comme elle le faisait. Personne ne voit qu'il est devenu un petit garçon perdu... alors le petit s'en va et laisse les adultes avec leurs affaires de grands. Il va essayer de trouver cela ailleurs. Dans la rue ? Peut-être y a-t-il des gens comme lui. Des enfants qui ont besoin d'amour...
C'est pour cela qu'il est parti finalement : plus personne ne l'aimait, tout le monde l'a abandonné. Alors il va aller chercher du bonheur ailleurs...
Il continue d'avancer dans les rues sombres de la plus belle ville du monde comme ils l'appellent tous. Pourquoi au fait ? Ce n'est qu'une ville, avec plein de rues compliquées... Oui, il se sent vraiment tout petit à cet instant. Il a peur... il a peur d'être tout seul, seul sans elle.
Il reste cet adolescent qui a perdu la personne la plus chère à son c½ur à 15 ans.
Et il a la trouille de marcher dans Paris, surtout qu'il s'enfonce dans un quartier qui ne lui inspire pas vraiment confiance... plein de personnes assise sur le trottoir, ils le regardent bizarrement...
Des jeunes hommes un peu plus âgé que lui, le regard vitreux, complètement hagard. Des drogués sûrement. Il continue de marcher, accélère le rythme en entendant des pas derrière lui. Mais où est-il ? Il a couru longtemps hier, il a traversé la moitié de la ville...
Il lève la tête : quartier du Marais.
Oh merde. Le quartier gay. Alors c'est pour ça que tous ces gens le dévisagent comme ça ? C'est comme avant. Ils le croient attirés par les hommes. Comme avant elle... Et c'est la même chose depuis qu'elle l'a laissé, les regards et les jugements sont de plus en plus lourds à porter. Il n'y a donc personne sur cette Terre qui le voit comme une personne normale ? Comme un garçon paumé de 16 ans. Une âme en peine dans ce vaste monde qui a juste besoin qu'on lui tende une main amicale ?
Non. Chacun ne voit que ce qu'il veut voir : une vulgaire tapette. Et pourtant il ne l'est pas. Quoiqu'il ne s'est jamais posé la question. Avec elle tout était si simple. Mais maintenant tout est compliqué...
Il voudrait juste s'en aller loin, courir et se jeter dans les bras de sa maman, lui faire un gros câlin, et lui dire qu'il l'aime... Mais il n'a plus rien de tout cela, il s'est perdu autant qu'il les a perdu. Il ne sait même plus qui il est. Il marche dans les rues de Paris alors qu'il veut juste rentrer chez lui. Il est en vie alors qu'il voudrait mourir... Il marche encore plus vite, il s'égare. Il est perdu. Dans sa tête tout ce mélange : l'envie d'en finir, le besoin de calme, le désir de douceur... Pourquoi tout est-il si compliqué ? C'est trop demandé que d'être heureux ? Juste heureux ? A cet instant, il souhaiterait ne jamais l'avoir connu... Sa vie aurait peut-être été différente. Mais c'est fait maintenant. Il ne peut plus revenir en arrière. C'est trop tard...
Oh et puis ça suffit, il aura toute sa vie pour regretter ses actes, pour la regretter. Là, il doit trouver un endroit où aller pour plus tard. Il décide de penser à lui avant de penser à elle. Et peut-être que ça lui sera bénéfique. Peut-être. Peut-être pas... Il verra bien. Rien ne peut être pire que cet instant. Tout est embrouillé, ses pensées ne sont pas ordonnées, il veut aller là, il tourne dans la rue inverse... il n'est plus vraiment maître de ses propres gestes. Il s'enfonce encore plus dans des ruelles sombres, des petits endroits perdus où personne ne va jamais. Personne sauf des bandes de drogués aussi perdus que lui. Mais peut-être un jour le deviendra-t-il lui aussi ? Il passe devant eux et entend leurs sifflements de désir, leurs cris d'envie... Il se met à courir, pour leur échapper comme pour fuir. Encore. Que fuit-il cette fois-ci ? Sa peur...
Vous n'avez pas encore compris ? Il a peur. Peur d'être seul ici. Ici où tout est froid, où rien n'est fait pour lui, où les gens ne veulent que son corps...
Putain mais qu'est-ce qu'il fait là ? Il est encore plus perdu qu'avant. Il commence à se demander s'il a bien fait de partir... Mais c'était devenu trop dur pour lui là-bas.
Si seulement quelqu'un pouvait venir lui proposer son aide, tendre sa main et lui dire « viens, tu n'as pas à avoir peur... », si seulement il n'était pas seul, si seulement elle était là... mais non. Il doit se faire à cette idée. Même si ça fait mal, même si ça lui déchire le c½ur...
Il ne pourra plus jamais compter sur personne que sur lui-même. Mais la solitude ça pèse à un moment. Il verra bien à ce moment là.
Il entend des pas derrière lui et se retourne. Oh mais c'est la personne qu'il a renversé l'autre jour dans la rue ! Que fait-il là ? Pourquoi le suit-il ? Pourquoi le regarde-t-il ?
Son stress augmente. Son sang bouillonne dans ses veines lui brûle la peau et palpite à ses tempes, son c½ur change de rythme...
Dans quelle galère s'est-il fourré ? Que doit-il faire ? Courir ? Attendre de voir ce qu'il lui veut ? Aller lui parler ?
Il regarde le ciel, attendant un signe qui le guiderait. Mais rien n'apparaît... Il doit se débrouiller seul. Encore et toujours. Alors il choisit à nouveau la suite. Il détalle à grande vitesse, sillonne des rues inconnues, change de quartier... Mais l'autre est pourtant là. il lui court après. Il ne le lâche pas. Mais qu'est-ce qu'il lui veut à la fin ? Il n'ai rien demandé à personne. Qu'on lui foute la paix ! Il accélère le rythme, l'autre ne pourra pas le suivre bien, longtemps à cette allure là, songe-t-il plein d'espoir. Malgré ça, il n'arrive pas à le semer. Course-poursuite nocturne dans Paris. Un paumé contre un drogué. Drogué ? Peut-être...
Si ça se trouve il veut juste l'aider. Cependant, il ne court pas le risque, dieu seul sait ce qui pourrait lui arriver. En parlant de dieu... Non, il verra ça plus tard, quand il sera seul...
Chienne de vie. Il veut de la compagnie et il fuit quelqu'un...
Il arrive sur les quais de Seine, il a encore plus parcouru la ville que la veille. Il descend les escaliers qui mènent aux bords à toute vitesse. Arrivé en bas, il s'arrête quelques instants et écoute...plus de bruits de pas, plus de cris, plus d'appels... il est seul. L'autre a disparu. Il marche sur le quai, observant le fleuve. Il est calme et silencieux, normal pour un fleuve de ville, mais il aime à penser que chaque chose est libre et que ce fleuve a choisi son état. Pas comme lui...
Il s'approche encore plus et marche sur le bord, manquant de basculer par moments. Il ne sait pas nager, s'il tomber il se noiera, il mourra, il la rejoindra... bon plan, non ? Enfin bon, il verra bien ce qui se passe. Advienne que pourra comme on dit. Il se met en équilibre sur une bande colorée et écarte les bras. Il avance comme ça sur quelques mètres puis ferme les yeux et s'arrête. Il respire profondément et essaie d'avancer... En théorie il devrait y arriver, mais en pratique... Non, ça n'a pas l'air de marcher. Il perd l'équilibre et bascule. Mais pas du bon côté... il tombe dans le fleuve. Il avale une grande quantité d'eau, il se débat tente de remonter à la surface mais n'y parvient pas. L'eau rentre dans ses poumons et l'oppresse encore plus, l'empêchant de bouger correctement. En temps normal, il aurait battu des pieds n'importe comment pour au moins tente de remonter. Mais la quantité d'eau, la fatigue de sa course, et le désespoir le fait abandonner...
Il se laisse couler au fond du fleuve. Il ferme les yeux et pense à elle...
Il ouvre les yeux au fond de l'eau. Il n'a plus beaucoup d'air en réserve mais il s'en fou. Il laisse échapper tout ce qui lui reste et abandonne.
Il s'abandonne à la mort...
Mais cette fois-ci encore elle ne veut pas de lui. Il ne le sent pas à présent il est inconscient, des bras l'enserrent et le remonte à la surface. Il est toujours sans vie, le teint blanc, les lèvres bleues, son c½ur bat très faiblement. Trop faiblement...
Son sauveur l'amène dans une sorte de tente et l'allonge sur un matelas. Il le déshabille et essaie de le ranimer. Massage cardiaque, bouche à bouche... il a les lèvres douces d'ailleurs, mais froide.
Arrivera-t-il à le sauver ? A lui insuffler la vie qu'il veut tant laisser ?
[ édit d'Alex ; O_O. Mais tu vas vite me reprendre cette fic ! J'aime. Y a toute une intrigue ! Et bien sur, où se passe l'histoire? Paris... On se demande pourquoi xD. J'm'demande qui est tombé & qui l'a remonté. . . ]